Courir vers l'enfance. Ce sera tout. Puis plus rien...]
On va y aller progressivement. Tout doucement. Avec une poésie indéniable, sur le chant des touches qui tombent et succombent sous mes doigts.
[Petits bruit de pas enchaînés sur le sol. Tapotis. Glissement. Puis plus rien...]
"t'es dégueulasse". Je sais maman. Mais tu es trop vieille pour me comprendre... "Des affaires sérieuses m'attendent, moi. Je suis occupée." Je peux te provoquer comme je veux. Tu n'as pas le temps de me répondre.
[Courir jour et nuit, sans s'arrêter, à travers le désert de la faim. Du vent, du sable, un corps qui
redevient poussière? Puis plus rien...]
Et toutes tes questions... attends que je réapprenne à être enfant.
"Même pas foutue de me dessiner une carte pour noël". Je sais maman. Mais tu es trop vieille, tellement vieille que tu as oublié que mon dernier dessin, quand il a gagné le concours, tu m'as dit que tu ne voyais sincèrement pas ce que les juges lui avaient trouvé - Tes affaires sérieuses, pour le coup, maman, tu aurais pu te les garder pour toi -, et tellement vieille, que tu ne comprends plus que ma carrière d'artiste, tu l'as gobée d'un coup. Mais, j'attends que tu le comprennes en laissant traîner quelques ancien dessins, parce que, maman, "on ne sait jamais"... J'attends de redevenir enfant.
[Courir, et voir sa silhouette s'effriter sur les obstacles. Un bout de bras, un bout de chaire. Puis plus rien...]
Ca ne va pas tarder. Je me tue sur un dernier adieu à ma vie d'adieu. Lentement, avec une poésie certaine. Un adieu chiffré, pour marquer une dernière fois le coup. Les chiffres qui descendent... âge, poids, taille - oui, mon dos se voute. Je ne parais pas mon âge ?
Ce serait tellement jouissif, de me l'entendre dire... "tu parais tellement plus jeune". Ah ? C'est vrai que d'habitude, on me prendre pour une majeur, on me prend pour une prostituée, avec mes hanches d'italienne. Mes bras graisseux dans lesquels on voudrait se blotir.
[Courir, sans s'arrêter, regarder défiler les cons, les putes, les amis et les autres. Puis plus rien.]
Anorexie,mais ou es tu repartie?
[Courir à sa poursuite. Je ne suis rien sans elle.]